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Trois chevaux dans un champ dans le Calvados

Le Calvados, terre d’élevage

Sillonner les petites routes du Calvados, s’engouffrer au cœur du Pays d’Auge et des autres territoires du département, c’est s’offrir un voyage à l’origine des plus belles histoires de chevaux. C’est là, au détour d’un chemin ou à la sortie d’un petit bois, que de nombreux cracks sont nés. C’est là aussi que dès leurs premiers jours, ils ont effectué leurs premiers pas, leurs premières galopades avant d’aller remporter les plus grandes courses du monde ou de s’illustrer sur les terrains de concours les plus prestigieux. Les Équidays mettront à l’honneur plusieurs de ces haras où l’excellence a été instaurée comme ligne de vie.

vendredi 03 septembre 2021

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Situé à Vauville, tout près de Deauville, le haras du Quesnay, propriété de la famille Head depuis plus de 60 ans, accueillera les visiteurs le 26 octobre et leur permettra de mieux comprendre toute la passion et l’abnégation nécessaires pour faire naître celles et ceux qui enflammeront un jour les plus grands hippodromes. À Beaufour-Druval, les privilégiés invités à découvrir le haras de Beaufour (25 et 27 octobre) découvriront comment Éric Levallois, ancien champion du monde de saut d’obstacles avec son étalon Diamant de Semilly, a su développer un haras qui depuis plusieurs années rayonne dans le domaine des chevaux de sport. Deux exemples parmi tant d’autres du savoir-faire du Calvados en termes d’élevage.

Le haras du Quesnay

C’est un espace hors du temps. Quand la brume se dissipe et laisse place aux premiers rayons du soleil, le visiteur du haras du Quesnay peut alors apprécier un spectacle fascinant. Tels de jeunes enfants en train de courir après un ballon dans un parc, des dizaines de foals (poulains de leur naissance au 31 décembre de l’année) et de yearlings (poulains entre 1 et 2 ans) galopent dans la prairie. Présentes sur le site pour entretenir les herbages en bon état, les Salers profitent de ces instants. Pas très loin, quelques biches et parfois même des cerfs viennent se joindre à cette danse. Après leur passage aux ventes, beaucoup de ces poulains deviendront des cracks sur tous les hippodromes du monde. Car au haras du Quesnay, situé à peine à 10 minutes au sud de Deauville, au cœur du Pays d’Auge, l’excellence est un mode de vie. Et depuis très longtemps.

Le haras du Quesnay en images :

Fondé en 1907 par William-Kissam Vanderbilt, riche homme d’affaires américain et éleveur de chevaux, le haras fut à sa mort (en 1920) acheté par un de ses compatriotes Arthur-Kingsley Macomber, vainqueur de nombreuses courses en tant que propriétaire dont le Prix de l’Arc de Triomphe 1923, avec Parth, monté par Frank O’Neill. Abandonnée pendant et après la seconde guerre mondiale, la ferme est acquise en 1958 par William Head et ses fils Alec et Peter. Dès l’année suivante, Alec fait venir en Normandie Lucky Dip, premier étalon pour une saison de monte. Plus de quarante étalons ayant marqué l’élevage français tels Le Fabuleux (premier vainqueur de Groupe 1 né en 1961 au Quesnay), Green Dancer, Riverman, Bellypha, Bering, Honor, Anabaa, etc. vont dans les années suivantes faire du haras du Quesnay l’un des principaux du pays avec des chevaux venus de toute l’Europe et des États-Unis. La famille Head est aujourd’hui une des références du monde des courses avec notamment les enfants d’Alec, tous très impliqués dans cet univers. Freddy, fils d’Alec, fut l’un des jockeys les plus titrés de l’histoire (six fois « Cravache d’or » entre 1970 et 1984) avant de devenir un entraîneur renommé. Sa sœur Christiane, surnommée par tous « Criquette », est-elle aussi devenue une entraîneure de pur-sang de tout premier plan avec notamment ces dernières années la jument Trève, double lauréate du prestigieux Prix de l’Arc de Triomphe, la plus grande course de plat de l’année, ou encore victorieuse du Prix de Diane.  

Le haras du Quesnay est devenu un lieu de prestige. La reine d’Angleterre Elisabeth II y est même venue à trois reprises, en 1967, 1987 et 2004. « Quand mon père a acheté le haras, j’avais dix ans, confie Criquette Head. Je m’en souviens comme si c’était hier. Le lieu avait été abandonné depuis la Libération après avoir été occupé par les Allemands pendant la guerre. L’herbe était plus haute que moi et mon frère ! C’était grandiose. Et plus de 60 ans plus tard, c’est encore magique. Avec mon frère Freddy, nous essayons de faire ce que notre père nous a appris. Car ce haras, c’est lui qui en a fait ce qu’il est aujourd’hui. » La transmission, une des clés du succès. « L’élevage est quelque chose de passionnant, poursuit Madame Head. Tout commence par là. Mais c’est très long, il faut une patience d’ange. Il y a la saillie, les 11 mois de gestation, les premières années, etc. Ça prend quatre ou cinq ans avant d’avoir des résultats. Et dans ce métier, rien n’est jamais écrit. Parfois une jument qui n’a jamais eu de résultats devient une grande poulinière. Et, à l’inverse, une championne peut ne jamais donner un bon poulain. Nous, nous essayons de répéter des courants de sang qui ont marché. Il faut trouver le bon équilibre entre les qualités de l’étalon et celles de la mère. Pourquoi ça marche une fois et pas la fois suivante, c’est un mystère. Ce côté mystérieux est fantastique. Et quand on a la chance de tomber sur une jument comme Trève, c’est carrément un don du ciel. »

Si à une époque, le haras a vu naître jusqu’à 90 poulains, c’est désormais environ 45 naissances qui rythment l’année au Quesnay avec une vingtaine d’employés pour s’occuper du haras. Les cinq étalons Anodin, Attendu, Intello, Motivator et Recoletos y saillissent une soixantaine de juments dont la moitié appartiennent au haras. Près de 200 chevaux sont ainsi abrités dans les écuries et dans les prés. « Nous élevons les jeunes dans de grands espaces. Au Quesnay, nous avons près de 200 hectares. J’ai appris de mon père qu’il fallait un hectare par cheval pour qu’ils puissent galoper et être bien. Il faut bien les nourrir, qu’ils aient de la bonne paille la nuit. L’hiver, ils restent dehors entre 8 heures et 17 heures et rentrent ensuite au chaud. Il faut aussi les observer tous les jours pour voir comment ils évoluent. Pour les présenter aux ventes, on leur apprend à marcher en main, à accepter l’homme. C’est d’ailleurs un travail que l’on fait dès leur naissance pour qu’ils acquièrent un bon contact avec l’humain. Tous les détails ont de l’importance. »

Le haras de Beaufour

À une quinzaine de kilomètres au sud du Quesnay, le haras de Beaufour (à Beaufour-Druval) partage les mêmes valeurs et les mêmes exigences. Depuis 1994, le haras ancien élevage de pur-sang situé lui aussi en plein cœur du Pays d’Auge, sur environ 150 hectares, est la propriété d’Éric Levallois. Depuis son enfance dans l’univers du cheval avec ses parents Germain et Micheline, marchands de chevaux et fondateurs de l’élevage de Semilly, Éric Levallois a d’abord marqué l’histoire des sports équestres par ses résultats internationaux en tant que cavalier. Champion d’Europe junior puis jeune cavalier, champion de France senior et enfin, champion du monde par équipe en 2002, il fut une référence mondiale dans le monde du saut d’obstacles. Des titres qu’il doit à son étalon Diamant de Semilly, un fils du Tôt de Semilly et de Venise des Cresles, né en 1991 à Couvains (Manche). Sa carrière sportive terminée, l’étalon va être à la base du succès du haras de Beaufour. Sous la selle de Latifa Al Maktoum, Peanuts de Beaufour fut le premier fruit de l’élevage à évoluer au plus haut niveau. Puis vinrent Sweet de Beaufour, sous la selle de Daniel Deusser, Vinci de Beaufour, Sultan de Beaufour, performant à 1,60 m avec Simon Delestre, ainsi que des chevaux comme Amy de Beaufour, Casanova de Beaufour, etc.

Le haras de Beaufour en images :

Aujourd’hui, le haras de Beaufour rassemble un pôle étalons, un élevage familial ainsi qu’une écurie d’entraînement de chevaux de sport. Il est réparti sur plusieurs sites avec les chevaux de concours stationnés dans une cour et l’élevage ainsi que la reproduction en d'autres lieux. « Quand j’ai visité le site pour la première fois, il pleuvait beaucoup, se souvient Éric Levallois. J’ai adoré. Je me suis dit que si j’aimais cet endroit sous la pluie, il serait encore plus beau sous le soleil. Je ne pouvais pas être déçu. J’avais une trentaine d’hectares. Je suis un terrien et je me suis dit que ce serait dommage de ne pas se lancer dans un peu d’élevage. J’ai développé cette activité et au fil du temps et du développement du haras j’ai acheté plusieurs autres sites dans un rayon de 15 minutes. » Victime d’un grave accident de voiture en 2010 qui mit fin à sa carrière de cavalier, Éric Levallois partage désormais son temps entre son métier d’entraîneur et celui d’éleveur. Avec de nombreuses réussites et surtout beaucoup de lucidité. « Il faut être honnête, même si pour faire naître un cheval d’exception il faut un peu de savoir-faire, il faut aussi une grosse part de chance, avance-t-il. Le métier d’éleveur est tellement dur, avec tellement de contraintes. C’est terriblement ingrat. Parfois vous avez dix chevaux dans un pré et c’est souvent celui qui est bon qui va avoir un problème. Il faut de la chance et beaucoup de passion. Si vous n’avez pas la passion de ce métier, n’y allez pas ! » Une raison de plus d’apprécier les succès avec dans les plus grands concours, des enfants ou petits-enfants de son étalon Diamant de Semilly en haut des classements. « Diamant a 30 ans mais c’est encore une référence mondiale. C’est toujours une grande joie de voir certains de ses descendants briller. J’aime bien regarder les courants de sang, comprendre, enrichir mes connaissances. L’élevage nécessite du temps. Les vieux disent toujours qu’il faut 25 ans pour se faire une souche et avoir un élevage reconnu. Le mien n’a vraiment qu’une dizaine d’années. » Mais déjà un grand avenir. Et la chance de pouvoir profiter d’un environnement unique au cœur du Calvados. 

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